Jésus est-il un rebouteux? Un magicien? Un guérisseur?


Mc 1, 40-45 En ce temps-là, un lépreux vint auprès de Jésus ;il le supplia et, tombant à ses genoux, lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. »
Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. »
À l’instant même, la lèpre le quitta et il fut purifié. Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt en lui disant :« Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre,et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un témoignage. » Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. De partout cependant on venait à lui.

La maladie, une punition divine?

Je suis d’une génération où quand on entrait dans l’adolescence au début des années 90 on découvrait la sexualité avec en toile de fond une maladie terrifiante et que l’on ne soignait pas : le sida. C’est l’époque où l’on dit adieu à Freddy Mercury et où l’on fond en larmes devant « Philadelphia ». Le sida fait peur et exclut. Sauf le jour de ce sidaction 1994 où Clémentine Célarié embrasse à pleine bouche un malade du Sida.

Le sida dans les années 80, c’est la lèpre du temps de Moise et de Jésus. Et parce que l’on ne savait rien de cette maladie dévastatrice, les Juifs croyaient qu’elle était en quelque sorte la marque physique du péché. Que le corps était impur parce que le cœur était impur. Si une personne contractait la lèpre (hautement contagieuse), c’était la marque physique d’une punition divine pour les péchés de la personne ou de sa famille. L’exclusion qui en découlait était à double titre : une exclusion sanitaire pour éviter une contamination plus grande, et une exclusion morale. Pour transposer la situation aujourd’hui, nous pourrions dire que toute « lèpre » recouvre deux réalités : : la conviction d’avoir péché à tel point que Dieu nous punit, cette punition nous excluant aussi automatiquement de la société.

« Guérir » c’est avant tout redonner une dignité

Dans l’Evangile, Jésus commence par toucher le lépreux. Ce n’est pas pour le guérir physiquement. D’ailleurs ce dernier ne demande pas de guérir. Il demande d’être purifié. Ce n’est pas le geste de la main qui touche la peau qui guérit. Jésus n’est pas un rebouteux.  Il touche avant tout le lépreux pour montrer sa compassion, pour montrer que ce dernier n’est pas impur moralement.

Les sauveteurs en mer qui récupèrent les migrants en méditerranée racontent que la première main tendue pour hisser ces personnes à bord du bateau de sauvetage, le premier regard bienveillant posé sur leurs visages sont ressentis comme redonnant cette dignité humaine qui leur a fait défaut dans les geôles libyennes. « On m’a regardé comme un homme, et plus comme un animal ».

Jésus ne guérit pas de la lèpre. Ce n’est pas un docteur. Mais par ses paroles et ses gestes, il indique que si la lèpre est la conséquence des péchés de la personne, comme on pouvait le croire alors, alors ses péchés sont pardonnés si elle le désire vraiment, si elle désire entrer à nouveau en relation avec Dieu. Guérir la lèpre, toute lèpre, ce n’est pas juste donner un onguent, c’est remettre dans une relation à Dieu qui est saine. Qui n’est plus une situation « je suis puni par Dieu de mes péchés, je ne vaux rien » mais « je suis aimé par Dieu, je suis un être humain digne ».

 

Puis Jésus demande au lépreux de respecter ce que commande la loi juive, à savoir aller se présenter au prêtre pour faire valider sa guérison. En effet, si la lèpre est conçue comme sentence divine, sa guérison est donc une intervention divine de rédemption. Elle doit être constatée par les prêtres. Jésus indique ainsi que ce n’est pas lui qui guérit mais bien Dieu. Et il ne va pas à l’encontre des lois juives de son temps. Jésus demande donc au lépreux de suivre la loi et de faire valider sa guérison par les prêtres, de faire constater la miséricorde de Dieu qui le réintroduira dans la communauté. Jésus ne veut pas être considéré comme un « magicien » ou un « guérisseur » ; il ne veut surtout pas aller à l’encontre des rites juifs. Il désire surtout que les gens viennent à lui pour sa prédication et non pour ses facultés de « guérisseur ».

Quelle lèpre aujourd’hui?

Et aujourd’hui, quelles sont les situations où la société nous exclut ? le chômage? être migrant ? Dire haut et fort que l’on est homosexuel ? Quand se sent-on abandonné des hommes, abandonné de Dieu ? C’est peut-être cela notre lèpre aujourd’hui. Qui aura un geste, un regard, une parole de compassion pour être à nouveau « digne », se sentir aimé ?

 

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